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Résurrection

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Pelerins au saint sépulcre

Pèlerins au Saint-Sépulcre (Guillaume de Tyr, Historia, XIIIème siècle, BnF)

Le chemin de Compostelle commença à se développer au début du XIème siècle, lorsqu’il était devenu difficile d’aller à Jérusalem, après la destruction de l’église du Saint-Sépulcre en 1009 puis la prise de la ville par les Turcs Seldjoukides en 1078. Auparavant, Jérusalem avait été la destination la plus prestigieuse pour les pèlerins -depuis que les Romains s’étaient massivement convertis au christianisme; et on conserve d’ailleurs le récit d’un Bordelais, qui avait fait le voyage au début du IVème siècle et qui avait visité l’édifice que l’empereur Constantin venait de faire construire dans le jardin où le Christ avait été crucifié puis enseveli : «une église de beauté merveilleuse, ayant à ses côtés des réservoirs d’où l’on tire de l’eau et un bassin à l’arrière, où les petits enfants sont baptisés». Après la prise de Jérusalem par le calife Omar en 637, les pèlerins ne se découragèrent pas et continuèrent à affluer. Ils empruntaient le plus souvent la route maritime, qui reliait Marseille, Gênes ou Venise aux ports de Terre sainte tels que Jaffa ou Acre; la route terrestre traversait les Balkans jusqu’à Constantinople, passait le Bosphore puis longeait la côte vers le sud. Arrivés à Jérusalem, les pèlerins visitaient les principaux lieux en rapport avec la vie du Christ -parmi lesquels, bien sûr, l’église du Saint-Sépulcre. Charlemagne, qui avait noué de bonnes relations avec le calife de Bagdad Haroun al-Rachid, avait obtenu que les pèlerinages chrétiens fussent autorisés vers Jérusalem et deux monastères furent fondés, sur le Mont-Sion et près du Saint-Sépulcre, pour héberger les Palmieri. La situation se détériora après que les Fâtimides prirent Jérusalem en 969: le calife al-Hâkîm fit détruire l’église du Saint-Sépulcre en 1009. À partir de ce moment, les persécutions des Chrétiens en Terre sainte se multiplièrent, à tel point que l’empereur de Byzance, Michel VII Doukas, fit appel au pape en 1074 pour que les chrétiens d’Occident vinssent au secours des chrétiens d’Orient. Il fallut cependant attendre 1095 pour que le pape Urbain, lors du concile de Clermont, appelât à intervenir en Terre sainte.

Les barons Godefroy de Bouillon, Robert de Flandre et Raymond de Saint-Gilles, avec douze mille hommes, s’emparèrent de Jérusalem le 15 juillet 1099 -Godefroy de Bouillon fut choisi pour prendre la tête du Royaume de Jérusalem. Les pèlerins pouvaient alors revenir en Terre sainte: leur sécurité était garantie par les « Pauvres Chevaliers du Christ », qui, installés à partir de 1119 dans l’ancien temple de Salomon, prirent le nom de Templiers. L’Ordre du Saint-Sépulcre fut créé par Godefroy de Bouillon: les chanoines qui le composaient avaient pour mission de protéger la sépulture sacrée et ses biens. Le chroniqueur Guillaume de Tyr rapporte que la basilique du Saint-Sépulcre fut reconstruite, en essayant de garder ce qui existait, et inaugurée le 15 juillet 1149, pour commémorer le cinquantenaire de la prise de Jérusalem. Le pèlerinage à Jérusalem connut alors un regain d’intérêt: des milliers de chrétiens achevaient leur périple devant le Saint-Sépulcre, le lieu où, selon les Évangiles, Jésus mourut puis ressuscita:

Il y avait un conseiller, nommé Joseph, homme bon et juste, qui n’avait point participé à la décision et aux actes des autres ; il était d’Arimathée, ville des Juifs, et il attendait le royaume de Dieu. Cet homme se rendit vers Pilate, et demanda le corps de Jésus. Il le descendit de la croix, l’enveloppa d’un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n’avait encore été mis. C’était le jour de la préparation, et le sabbat allait commencer. Les femmes qui étaient venues de la Galilée avec Jésus accompagnèrent Joseph, virent le sépulcre et la manière dont le corps de Jésus y fut déposé, et, s’en étant retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums. Puis elles se reposèrent le jour du sabbat, selon la loi. Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre de grand matin, portant les aromates qu’elles avaient préparés. Elles trouvèrent que la pierre avait été roulée de devant le sépulcre ; et, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Comme elles ne savaient que penser de cela, voici, deux hommes leur apparurent, en habits resplendissants. Saisies de frayeur, elles baissèrent le visage contre terre ; mais ils leur dirent : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est point ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu’il était encore en Galilée, et qu’il disait : Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour. Et elles se ressouvinrent des paroles de Jésus. À leur retour du sépulcre, elles annoncèrent toutes ces choses aux onze, et à tous les autres. Celles qui dirent ces choses aux apôtres étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie, mère de Jacques, et les autres qui étaient avec elles. Ils tinrent ces discours pour des rêveries, et ils ne crurent pas ces femmes. Mais Pierre se leva, et courut au sépulcre. S’étant baissé, il ne vit que les linges qui étaient à terre ; puis il s’en alla chez lui, dans l’étonnement de ce qui était arrivé.

Évangile de Luc, 23:50 – 24:12

Je souhaite aux lecteurs de ce blog une joyeuse fête de Pâques. N’oublions pas dans nos prières les Chrétiens d’Orient qui vivent un véritable calvaire.

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Written by Noix Vomique

16 avril 2017 à 10 10 49 04494

Publié dans Uncategorized

6 Réponses

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  1. Très bonnes et saintes fêtes de Pâques à toi aussi

    atoilhonneur2

    16 avril 2017 at 18 06 44 04444

  2. Merci pour cette page d’histoire et ce moment de spiritualité, tous deux fort modernes, ma foi. Joyeuse Pâque et prions pour tous ces persécutés dans l’indifférence.

    Io

    16 avril 2017 at 22 10 31 04314

  3. N’oublions pas, en effet, les Chrétiens d’Orient. Ils annoncent ce qui nous pend au nez à nous aussi: la persécution! Peut être ferions nous bien d’y réfléchir…
    Amitiés.

    nouratinbis

    20 avril 2017 at 15 03 22 04224

    • Nous ferions bien d’y réfléchir, en effet. Et il serait temps que la question des Chrétiens d’Orient devienne une priorité pour les nations occidentales…

      Noix Vomique

      23 avril 2017 at 15 03 25 04254


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