Noix Vomique

Touche pas à mes pauvres

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Marine Le Pen, mercredi, devant l’usine Whirlpool d’Amiens.

Emmanuel Macron avec des jeunes de Sarcelles - le 27 avril 2017

Emmanuel Macron, jeudi, à Sarcelles

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Le soir du 23 avril, sur France 2, il suffisait de voir la mine ravie de David Pujadas pour comprendre que les résultats de ce premier tour de l’élection présidentielle remplissaient les journalistes de satisfaction: en choisissant de porter au second tour Emmanuel Macron (24% des voix) et Marine Le Pen (21,3%), les Français avaient finalement donné raison aux sondages. Contrairement à 2002, la qualification du Front National n’était pas une surprise, puisqu’elle correspondait, en éliminant le candidat de droite, au scénario d’abord envisagé par François Hollande pour assurer sa réélection, et il a donc fallu attendre plusieurs jours pour entendre les habituelles jérémiades antifascistes, le temps que les Jean Moulin de bazar réalisent que la campagne d’Emmanuel Macron commençait à piétiner. Ils aiment se faire peur: n’ont-ils pas compris, même si le résultat sera plus serré qu’en 2002, que l’élection est déjà jouée? D’ailleurs, dimanche 23, dès le premier tour, c’était comme si Emmanuel Macron, face à Marine Le Pen, était déjà élu à la présidence de la République: on l’a suivi à travers les rues de Paris, ce qui rappelait la victoire de Jacques Chirac en 1995 ; on nous a raconté qu’il avait privatisé La Rotonde, à Montparnasse, pour y fêter son succès avec ses amis, ce qui rappelait la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Le journaliste Jeff Wittenberg était admiratif: « On a l’impression de voir un président élu ». Est-ce, seulement, une impression? Depuis des mois, les médias ne nous ont-ils pas fabriqué ces images d’un président élu pour qu’elles s’imposent comme une évidence? Est-ce un hasard si certains de ces médias, d’ailleurs, sont détenus par des millardaires proches d’Emmanuel Macron?

Peu importe la façon dont Emmanuel Macron est arrivé en tête; le sort en est jeté. Les résultats de ce premier tour sont certainement décevants pour beaucoup de monde ; ils sont malgré tout l’expression du suffrage universel. Sans doute portent-ils la marque d’un certain génie français, qui a toujours aimé la division, au point de céder parfois à la tentation de la guerre civile. Les Français ont en effet choisi de clarifier le débat et d’envoyer au second tour deux discours antagonistes: d’un côté, Emmanuel Macron vante le mondialisme ; de l’autre, Marine Le Pen défend le protectionnisme. Ces discours touchent évidemment des électorats différents: les métropoles, qui bénéficient de l’ouverture des frontières, transformées par la gentrification et l’immigration, ont largement voté Emmanuel Marron ; les périphéries en déclin, où les classes populaires souffrent d’insécurité culturelle et se sentent exclues, ont massivement préféré Marine Le Pen. C’est comme si deux France s’opposaient. Le géographe Christophe Guilluy a parfaitement décrit cette opposition dans ses travaux sur la France périphérique. Dans le numéro d’avril-mai de la revue Éléments, interviewé, il précisait notamment que la gauche et la droite n’existent plus pour les catégories périphériques: «L’ouvrier qui votait naguère à gauche et le rural qui votait à droite partagent la même perception du monde et adoptent les mêmes positions sur les médias, sur la mondialisation, sur l’immigration. C’est le modèle économique mondialisé qui a créé lui même sa propre contestation populiste ». Dans ce contexte, il n’y a pas lieu d’être surpris par l’élimination des deux principaux partis de gouvernement, le PS et LR, qui essayaient d’entretenir l’illusion d’un clivage gauche/droite, alors qu’ils sont usés par une alternance stérile et qu’ils n’ont plus de véritable cohérence idéologique.

Marine Le Pen, dont le programme économique est soudain anti-libéral, jusqu’à la caricature, comme celui de Jean-Luc Mélenchon, a compris qu’elle devait insister, dans ses discours, sur la coupure entre la classe dominante, qui a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron, et les catégories populaires. C’est sans doute le dernier avatar de la bonne vieille lutte des classes. Il est en effet facile de présenter Emmanuel Macron comme le candidat de l’oligarchie, et l’on soupçonne d’ailleurs de nombreux conflits d’intérêts dans son entourage. Mais après? Cette vision n’est-elle pas réductrice? La nouvelle bourgeoisie, généralement de gauche, est incapable d’admettre sa position dominante -elle a pourtant investi les anciens quartiers ouvriers des grandes villes, provoquant une hausse de l’immobilier et reléguant ainsi les catégories populaires à la périphérie. Comme Christophe Guilluy l’a expliqué, elle est mal à l’aise avec les Blancs précarisés, aussi préfère-t-elle vanter l’ouverture à l’autre: sa posture antilepéniste lui permet alors d’avoir bonne conscience et de substituer la lutte contre la xénophobie à une lutte des classes qui la mettrait face à ses contradictions. Pour les nouveaux bourgeois, les immigrés forment une sorte de catégorie populaire de substitution, comme on a pu le vérifier cette semaine: après avoir été sifflé devant l’usine Whirlpool d’Amiens, alors que Marine Le Pen avait été chaleureusement accueillie, Emmanuel Macron s’est précipité le lendemain à Sarcelles pour jouer au foot avec des jeunes de banlieue, c’est-à-dire des pauvres dont il est plus proche. Ces pauvres-là ne voteront pas pour le FN: au premier tour, dans les villes comprenant des zones urbaines sensibles, l’ancien ministre de François Hollande a en effet obtenu 25,3% des voix, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon, et Marine Le Pen était loin derrière eux. Ce n’est pas pour rien qu’Emmanuel Macron veut proposer au gouvernement algérien la création d’un Office franco-algérien de la Jeunesse « pour favoriser la mobilité entre les deux rives de la Méditerranée ». Il est le candidat des flux migratoires et de l’abolition des frontières.

Marine Le Pen ne gagnera pas cette élection et elle sera hors-jeu pour la suivante. Parce qu’elle est mauvaise: plutôt que se perdre dans des polémiques imbéciles sur la monnaie, elle aurait dû axer son discours sur les flux migratoires, en insistant sur le fait qu’ils vont s’intensifier et qu’ils finiront par faire imploser notre modèle social. Pendant les cinq prochaines années, avec Emmanuel Macron, l’immigration se poursuivra et la société française achèvera de s’américaniser: nous observerons davantage d’inégalités territoriales ; le communautarisme et l’ethnicisation se renforceront. La France sera en train de sortir de l’histoire ; sera-t-il trop tard pour réagir ?

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Written by Noix Vomique

28 avril 2017 à 16 04 51 04514

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6 Réponses

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  1. Il manque encore le marché de Sevran et ça sera parfait.

    Io

    30 avril 2017 at 11 11 31 04314

    • Chacun ses pauvres… Les pauvres de Macron sont des pauvres de substitution; ce qui est bien pratique puisqu’il suffit de taper une partie de football et le tour est joué….

      Noix Vomique

      30 avril 2017 at 14 02 53 04534

      • micron, ce petit merdeux …..
        regardons un peu ce que ça pourrait donner devant un bachar….

        lorsqu’un politicien aux affaires est mis en difficultance dans son exercice , en gros lorsqu’il est au sommet de l’état et que les choses vont pas comme il voudrait , que lui reste-t-il à faire?

        1) se trouver un ennemi intérieur , genre emmanuel golstein dans 1984 , ou marine en vronze zozialiste de 2017

        2) s’en trouver un bon , d’ennemi , à l’extérieur , témoin , milosevic pour chirac , saddam hussein pour bush père , clinton , puis deubeuliou , ghattafi pour sarko…..et bientôt bachar pour micron

        devrait faire gaffe , le petit micron, bachar résiste depuis 5 ans à tout ce que la planète compte de dingos slamisés ou pas , armés par des états qui lui veulent du bien ( si on peut dire ) , c’est pas un mec marié à sa grand mère qui lui fera peur

        kobus van cleef

        30 avril 2017 at 16 04 20 04204

        • ajoutons que molleglande fut tenté d’aller défier bachar sur son terrain, puis ,comme ses copains l’avaient lâché , il est parti la queue entre les jambes

          en beuglant par dessus l’épaule « la prochain’ fois, oué , la prochain’ fois , gar’ ta gueule  »

          n’avions nous pas un gaillard ?
          un vrai lascar , rompu à tous les coups merdiatrouks , déjà vétéran des guerres du mali et de zentrafrik?

          et il s’est déballonné….ça correspond au mot qu’avait employé jadis philippe meyer de france kultur ( « l’esprit public ») pour qualifier jean marie le penn , un « roule couille »

          kobus van cleef

          1 mai 2017 at 11 11 32 05325

      • Faut il bruler kopa platini et zidane ? C’est en partie a cause d’eux qu’est né le mythe de l’immigré opprimé  »
        chance pour la France » Surtout que le zizou en question se permet de l’ouvrir lui l »ex dopé qui a fait fortune hors de France tout en résidant encore en Espagne après sa retraite sportive Le foot est d’ailleurs le miroir idéal pour voir a l’oeuvre la mondialisation et son culte de l’argent roi Les arbitres sont ultra critiqués et leur role est dévalorisé (tout comme celui des politiciens hors football), la TV et les journalistes prennent le pouvoir (avec le recours prochain a la vidéo) pouvoir qu’ils codétiendront bientot avec l’oligarchie financière Toutefois en mettant son cerveau en off (ce qui est fortement encouragé), le spectacle demeure agréable et surtout distrayant

        • vous avez dit « distrayant » ?
          oui, vous l’avez dit!
          c’est le mot que je cherchais, le mot ultime , LE MOT !
          pas tant tellement le mot que le concept

          distraire

          et pour ce qui concerne la distraction, y a de quoi faire !
          du pain sur la planche, du grain à moudre !

          la distraction ou ses différents avatars rempliront tous les interstices de la vie

          relisons Murray , une fois de plus

          kobus van cleef

          7 mai 2017 at 14 02 51 05515


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