Noix Vomique

Égalitarisme d’illettrés

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Source: Le blog à dessins de Xavier Gorce. http://xaviergorce.blog.lemonde.fr/2017/11/24/ce-genre-daneries/

L’écriture « inclusive » semble se répandre comme la vérole sur le bas-clergé, sans doute parce que ses sectateurs ont une certaine influence à l’Université, dans l’administration et, évidemment, dans les médias. Ils sont imités par des mutins de panurge qui se croient sans doute modernes, ou plus intelligents que le commun des mortels, convaincus que notre langue doit être soumise à leurs lubies égalitaristes, convaincus que cette réécriture va dans le sens du progrès. Or, rien n’est moins naturel qu’un tel charabia, venu de nulle part et impossible à lire à haute voix. C’est en effet l’usage, et lui seul, qui doit permettre à la langue d’évoluer, et tout le monde sait bien que l’écriture inclusive est un artifice forcé, un caprice idéologique que seuls quelques adeptes utilisent réellement. Leur féminisme d’analphabètes voudrait nous faire croire que la langue française oppresse les femmes mais ils confondent volontairement le sexe et le genre grammatical, un peu comme si une personne était une femme et un paillasson, un homme. Ce contresens fut déjà dénoncé en 1984 par Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss -alors que la féminisation des noms de métiers faisait débat, les deux grands académiciens avaient publié un texte où ils défendaient l’esprit de la langue française:

Il convient de rappeler qu’en français comme dans les autres langues indo-européennes, aucun rapport d’équivalence n’existe entre le genre grammatical et le genre naturel. Le français connaît deux genres, traditionnellement dénommés « masculin » et « féminin ». Ces vocables hérités de l’ancienne grammaire sont impropres. Le seul moyen satisfaisant de définir les genres du français eu égard à leur fonctionnement réel consiste à les distinguer en genres respectivement marqué et non marqué. Le genre dit couramment « masculin » est le genre non marqué, qu’on peut appeler aussi extensif en ce sens qu’il a capacité à représenter à lui seul les éléments relevant de l’un et l’autre genre. Quand on dit « tous les hommes sont mortels », « cette ville compte 20 000 habitants », « tous les candidats ont été reçus à l’examen », etc., le genre non marqué désigne indifféremment des hommes ou des femmes. Son emploi signifie que, dans le cas considéré, l’opposition des sexes n’est pas pertinente et qu’on peut donc les confondre. En revanche, le genre dit couramment « féminin » est le genre marqué, ou intensif.

Ainsi, la langue française est déjà inclusive lorsque le « ils » inclut à la fois des hommes et des femmes. À l’inverse, la marque du féminin est clairement distinctive: les femmes sont ici différenciées, comme des êtres à part, un peu comme lorsqu’elles mettent un voile pour sortir dans la rue. Mais notre bonne vieille grammaire reste condamnable aux yeux des précieuses ridicules du progressisme: des professeurs et des universitaires ont récemment déclaré qu’ils n’enseigneraient plus la règle selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin » -ils n’ont pas précisé si les erreurs de leurs pauvres élèves seraient considérées comme des fautes d’orthographe ou comme des crimes sexistes. Dans ces conditions, il va être de plus en plus difficile de transmettre l’amour de la langue française. L’écriture inclusive pourrait n’être qu’absurde ; elle est surtout le symptôme d’une entreprise de déconstruction de notre langue et, plus avant, de notre identité. Elle rappelle la « novlangue » décrite par George Orwell dans 1984 : nous sommes dans une sorte de délire totalitaire et révisionniste qui prétend tout réécrire. La langue sera nettoyée de tous les signes d’une supposée oppression patriarcale -les écologistes de la Ville de Paris ont d’ailleurs proposé que les Journées du Patrimoine soient rebaptisées « Journées du Matrimoine et du Patrimoine ». Tout ce vent de démence ne résoudra évidemment pas les inégalités salariales ou la précarité dont souffrent les femmes: à force d’être patraque, le féminisme est simplement devenu une matraque.

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Written by Noix Vomique

3 décembre 2017 à 16 04 20 122012

Publié dans Uncategorized

9 Réponses

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  1. Pire encore : ces délires ne sont même pas cohérents et gagneraient à s’inspirer de cette modeste proposition :

    http://guerrecivileetyaourtallege3.hautetfort.com/archive/2017/03/07/carte-blanche-10-5918811.html

    😀

    Un simple rien parmi tant d'autres

    3 décembre 2017 at 18 06 56 125612

    • Mais cette proposition n’est-elle pas trop modeste? 😉

      Noix Vomique

      10 décembre 2017 at 15 03 54 125412

      • J’ai cru comprendre à la fin que c’était une version 0.1 dite « alpha » qui reste à développer. 😉

        Un simple rien parmi tant d'autres

        11 décembre 2017 at 0 12 25 122512

  2. Le simple bon sens et l’amour de sa langue suffisent à rejeter ces délires. Il est étonnant et effrayant de voir à quel point le fanatisme peut occulter l’intelligence.
    La rancœur extrême et la haine doivent être les vecteurs de ce fanatisme, je ne m’explique sinon pas comment on peut en arriver à faire de telles propositions.
    Merci pour ce billet très éclairant qui remet les choses à leur place.

    Vlad

    4 décembre 2017 at 8 08 23 122312

    • Rancoeur extrême ? Peut-être pour les initiateurs de cette agitation.

      Mais, pour la majorité et comme le dit le billet, ce sont plutôt des bourgeois phallocrates qui les relaient, flattés d’apprendre qu’ils ont fait jusque là de la discrimination sans le savoir…regrettons l’époque où les bourgeois aspiraient à devenir gentilshommes.

      don Quichotte

      9 décembre 2017 at 18 06 14 121412

      • Vlad, Don Quichotte… Lorsque je vais sur twitter, je suis atterré par le nombre d’universitaires qui ont adopté l’écriture inclusive. On a l’impression qu’ils l’utilisent pour faire une thérapie. Souvent, ils sont aussi engagés dans les « gender studies » -je viens d’ailleurs de découvrir qu’il existe une géographie du genre, qui ressemble plutôt à une sociologie de pissotière, avec des conclusions navrantes, car elles vont toujours dans le même sens…

        Noix Vomique

        10 décembre 2017 at 15 03 51 125112

  3. Autre texte sur le sujet, celui de Marcel Boiteux :

    https://www.asmp.fr/fiches_academiciens/textacad/boiteux/09-03_feminisation_langage.pdf
    « Toutefois, n’est-il pas injuste que ce soit le masculin qui porte le neutre, et pas
    le féminin ? Ou, pour dire les choses autrement, injuste que le masculin ait à partager son
    genre avec le neutre, alors que le féminin a le privilège d’avoir son genre bien à lui ? »

    Je vous recommande cette vidéo du même sur le coeur de son activité professionnelle :

    PS. Par rapport à votre conclusion (partagée avec d’autres auteurs ayant un point de vue comparable sur l’orthographe inclusive), je pense qu’il y aurait aussi beaucoup à dire sur les supposées inégalités salariales…car d’une part, le chiffre qui est régulièrement agité dans la presse ne tient pas compte du temps partiel, des carrières choisies, du niveau de diplôme, etc…et le chiffre réel est en fait bien plus bas ; et, d’autre part, car en bonne logique de marché si les femmes étaient moins payées que les hommes à un même niveau de cursus et d’implication, il n’y aurait pas de chômage féminin.

    Peut-être faut-il tout simplement admettre que les uns et les autres ont des attitudes différentes vis-à-vis de leur vie professionnelle, en moyenne.

    En tout cas, le problème de ces mesures statistiques et de l’utilisation polémique qui en est faite va se poser pour d’autres minorités : cf les articles récents de Philippe d’Iribarne dans le Figaro et le Débat sur les statistiques de « discrimination » des musulmans.

    don Quichotte

    9 décembre 2017 at 18 06 27 122712

  4. Il ne faut pas sous-estimer la force immense de la bêtise, ils nous ont déjà
    imposé « la ministre », « la maire », ils finiront par nous coller le « matrimoine »!
    Et pourquoi pas le matribonze, hein? Pourquoi seulement le clergé catholique?
    (comme eût dit San Antonio).
    Amitiés.

    nouratinbis

    13 décembre 2017 at 12 12 45 124512


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