Noix Vomique

Mélancolie catalane

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La marche hispanique, au début du IXème siècle.

Après la récente proclamation d’indépendance de la Catalogne, mes sentiments sont partagés entre la sympathie, pour une nation qui défend son identité et cherche à proclamer sa souveraineté, et le scepticisme, à l’égard de l’extrême-gauche catalane qui se met en avant et pousse à la rupture. Les indépendantistes de l’Esquerra Republicana de Cataluny (ERC) et de la Candidatura d’Unitat Popular (CUP) sont en effet prêts à créer une nouvelle frontière qui diviserait l’Espagne alors que, dans le même temps, ils claironnent qu’il faut ouvrir les frontières aux migrants. C’est assez paradoxal. En réalité, ils sont grossièrement indépendantistes: ils rejettent Madrid plus qu’ils n’aiment la Catalogne.

En 2005, la Generalitat de Catalunya, c’est-à-dire le gouvernement autonome catalan, avait décerné à Claude Lévi-Strauss le Prix international Catalunya. Le grand ethnologue aimait rappeler que le majorquin Raymond Lulle, inventeur du catalan littéraire, avait, le premier, au XIIIème siècle, esquissé le mode de raisonnement de l’anthropologie structurale: il s’attachait toujours à étudier les différences entre les concepts ou les êtres, de façon à mettre en évidence, au moyen d’opérations logiques, des liens jusque-là insoupçonnés. Les indépendantistes devraient en prendre de la graine: ils comprendraient peut-être que les identités politiques de la Catalogne et de l’Espagne, au-delà de leur dissemblances, sont solidaires depuis l’origine -elles se sont en effet construites ensemble, dans le contexte historique bien précis de la Reconquista. Aussi, pendant longtemps, jusqu’au vingtième siècle, l’attachement des Catalans à leur langue et à leurs traditions ne les empêchait pas d’avoir également un sentiment d’appartenance à la nation politique espagnole. Cette double identité était parfaitement assumée.

L’identité catalane, véritablement ancienne, remonte aux temps des Carolingiens, au début du IXème siècle. Évidemment, à l’époque, ce n’était pas une identité nationale telle que nous l’entendons aujourd’hui -le nationalisme actuel n’est finalement que très récent. Depuis le début du VIIIème siècle, les Arabes exerçaient leur domination sur la plus grande partie de la péninsule ibérique. Seul le nord leur avait résisté – le royaume chrétien des Asturies s’était constitué après la victoire de Pelayo à Covadonga, en 722, et du côté des Pyrénées, la Navarre, le Sobrarbre, la Ribagorce et le Pallars avaient réussi à échapper à leur emprise. En 778, Charlemagne franchit les Pyrénées avec la ferme intention de repousser les Sarrasins: il occupa Pampelune et Huesca avant d’échouer aux portes de Saragosse -c’est au retour de cette expédition que son arrière-garde fut attaquée à Roncevaux par des Basques. En 801, après que Gérone, Urgell et la Cerdagne s’eurent placé spontanément sous sa protection, Charlemagne envoya Louis d’Aquitaine en direction de la mer des Baléares et Barcelone fut reprise aux Arabes. La région pyrénéenne qui s’étend de Jaca à Ampurias fut alors partagée en dix comtés: elle constituait la Marche hispanique, une zone tampon chargée de protéger les frontières de l’Empire d’Occident. De nombreuses abbayes furent fondées, de façon à bien marquer que ces terres étaient à nouveau chrétiennes. Cependant, les comtes catalans montrèrent très vite qu’ils tenaient à s’émanciper du pouvoir carolingien -ils n’hésitèrent pas, lorsque cela les arrangeait, à conclure des accords de bon voisinage avec les Arabes installés à Lérida ou Tortosa. Peu à peu, ils se placèrent sous l’autorité du comte de Barcelone, Guifred le Velu, qui posa ainsi les fondements d’un État féodal. En 987, après une offensive d’Almanzor sur Barcelone, le comte Borrell II reprocha au Roi des Francs Hugues Capet de ne pas avoir défendu la Marche ; il saisit ce prétexte pour faire de la Catalogne un État indépendant. De leur côté, les populations du pays de Jaca et de la rivière Aragón avaient constitué un comté indépendant, quoique d’abord lié au royaume de Navarre, qui allait devenir en 1035 le royaume d’Aragon. Ce nouvel État passa sous l’autorité du comte de Barcelone après que la fille du roi d’Aragon, Pétronille, eut épousé en 1137 Raymond Bérenger, le fils du comte de Barcelone, et après que leur héritier eut pris le titre de roi d’Aragon en 1162: la puissante couronne d’Aragon, sorte de confédération au sein de laquelle se trouvait la Catalogne, était née.

À cette époque, l’Espagne –Spania en langue vulgaire- n’existait pas: c’était davantage une idée à laquelle les chrétiens se rattachaient ; celle d’un pays dérobé illégitimement à lui-même par les musulmans. Il faut croire qu’on avait la nostalgie de l’ancien royaume wisigothique: on avait longtemps pleuré sa perte et on voulait désormais le reconquérir. Les royaumes du nord de la péninsule n’existaient donc que dans l’espoir de reconstituer l’Espagne dans son unité: ils furent évidemment les foyers de départ de la Reconquête. Au début du XIIIème siècle, ils répondirent à l’appel du Pape Innocent III qui avait confié à l’archevêque de Tolède le soin d’organiser une nouvelle croisade pour bouter les musulmans hors d’Espagne. Une armée puissante, composée de chevaliers venus de tout l’Occident et conduite par les rois de Castille, de Navarre et d’Aragon écrasa les forces du calife almohade à Las Navas de Tolosa en 1212. Les Arabes, refoulés dans le sud de la péninsule, formèrent alors le royaume de Grenade qui subsistera jusqu’en 1492. Les quatre royaumes chrétiens de Castille et León, du Portugal, de Navarre et d’Aragon étaient alors tous reconnus comme espagnols: par delà les coutumes locales, ils étaient régis par les mêmes règles -celles de la loi coutumière de l’Espagne. À cette époque, alors que Raymond Lulle s’employait à convaincre les musulmans de se convertir au christianisme, la Catalogne était la région la plus dynamique de la péninsule. Les Catalans étaient ambitieux et s’étaient lancés dans une politique expansionniste: ils s’étaient emparés du royaume de Majorque, du royaume de Valence, puis, en Méditerranée, de la Sicile, de la Sardaigne et, plus tard, du royaume de Naples. Barcelone n’était pas seulement un port très actif, c’était aussi un grand foyer industriel. La bourgeoisie de la ville, entreprenante, essentiellement composée de banquiers, d’armateurs, de drapiers et de marchands, voyait ses affaires prospérer. Cette réussite contrastait avec la situation du reste du royaume d’Aragon: à la campagne, la noblesse s’accrochait à des pouvoirs exorbitants et les paysans finirent par se révolter, ce qui plongea la Catalogne, à la fin du XVème siècle, dans une crise profonde.

C’est précisément à la fin du XVème siècle que l’Espagne, telle que nous la connaissons aujourd’hui, devint une réalité. Pour les Espagnols qui ont encore une conscience historique, les Rois Catholiques sont un véritable mythe fondateur: l’unité de l’État est en effet une conséquence du mariage, en 1469, d’Isabelle, reine de Castille, et de Ferdinand, roi d’Aragon. La titulature qu’utilisaient Isabelle et Ferdinand ressemble à une douce litanie, pleine de rêves; elle n’en est pas moins significative: « Roi et reine de Castille, d’Aragon, de León, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Séville, de Sardaigne, de Cordoue, de Corse, de Murcie, de Jaen, des Algarves, d’Algeciras, de Gibraltar, comte et comtesse de Barcelone, seigneurs de Biscaye et de Molina, ducs d’Athènes et de Néopatrie, comtes de Roussillon et de Cerdagne, marquis d’Oristan et de Gociano ». La prééminence de la Castille était désormais évidente ; il était cependant établi que la Catalogne et les autres entités territoriales constituant la Couronne d’Aragon garderaient leur langue, leur monnaie, leur organisation politique, leurs cours de justice, leur droit privé et public. L’unité de l’Espagne sera parachevée quelques années plus tard, en 1492 avec la prise de Grenade, puis en 1512 avec la soumission du royaume de Navarre.

Ces vieilles histoires ont probablement laissé quelques traces dans l’inconscient de la Catalogne. Elles nous enseignent que les États ne sont pas éternels: ils apparaissent, ils disparaissent. Elles nous montrent également qu’aucune nation n’est méprisable. Aujourd’hui, sans doute parce que l’Europe a contribué à affaiblir les États, le catalanisme est de moins en moins un régionalisme et de plus en plus un nationalisme. Face au manque d’envergure intellectuelle de Madrid, les Catalans semblent désormais déterminés à défendre l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes et nous ne les blâmerons pas: cela nous change des nations qui renoncent docilement à leur souveraineté.

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16 novembre 2017 at 13 01 25 112511

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Jusqu’au-boutiste

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Chez Tom Gauld.

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Le jeune Miguel de Unamuno

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Les vagues de l’histoire, avec leur rumeur et leur écume miroitante au soleil, roulent sur une mer massive, profonde, infiniment plus profonde que la couche qui ondule sur cette mer silencieuse dont le fond dernier n’est jamais atteint par le soleil. Tout ce que racontent quotidiennement les journaux, toute l’histoire du « moment historique présent », ce n’est que la surface de la mer; surface qui se congèle et cristallise dans les livres et les archives. Les journaux ne disent rien de la vie silencieuse des millions d’hommes sans histoire qui à chaque heure du jour et dans tous les pays du globe se lèvent sur un ordre du soleil et vont à leurs champs pour continuer l’obscure et silencieuse tâche, quotidienne et éternelle, cette tâche semblable à celle des madrépores au fond des océans et qui jette les bases sur lesquelles s’érigent les îlots de l’histoire. C’est sur le silence auguste, disais-je, que le son prend appui et vie: c’est sur l’immense humanité silencieuse que se dressent ceux qui font du bruit dans l’histoire. Cette vie intra-historique, silencieuse et massive comme le fond même de la mer, c’est la substance du progrès, la vraie tradition, la tradition éternelle, bien différente de la tradition mensongère qu’on a coutume d’aller demander au passé enseveli dans les livres et les papiers, les monuments et les pierres.

Ceux qui vivent dans le monde, dans l’histoire, attachés au « moment historique présent », ballottés par les vagues à la surface de la mer où ils se débattent comme des naufragés, ceux-là ne croient qu’aux tempêtes et aux cataclysmes suivis d’accalmies, ceux-là croient que la vie peut s’interrompre et se renouer. On a beaucoup parlé d’un renouement de l’histoire d’Espagne, et si elle a été renouée jusqu’à un certain point, c’est parce que l’histoire jaillit de la non-histoire, et que les vagues sont les vagues de la mer paisible et éternelle. Ce n’est pas la restauration de 1875 qui a renoué l’histoire d’Espagne: ce sont les millions d’hommes qui ont continué à faire comme auparavant, ces millions pour lesquels le soleil fut pareil après qu’avant le 29 septembre 1868, pareils leurs travaux, pareilles les chansons qu’ils chantaient en suivant les sillons des labours. Et en réalité ils n’ont rien renoué, parce que rien ne s’était rompu. Une vague après une vague, ce n’est pas une autre eau, c’est la même ondulation qui court sur la même mer. Grand enseignement que celui de 68 ! Ceux qui vivent dans l’histoire deviennent sourds au silence. Mais, après tout, combien de bouches ont crié en 68 ? Combien ont eu leur vie renouvelée par cette « destruction de l’existant au milieu du tumulte » selon la formule de Prim ? Il l’a répété bien des fois: « Détruire au milieu du tumulte des obstacles ! » Ce turbulent portait au cœur l’amour du bruit de l’histoire; mais si l’on entendit le bruit, ce fut parce que l’immense majorité des Espagnols se taisait: on entendit le tumulte de cet orage d’été sur le silence auguste de la mer éternelle.

C’est là, dans le monde des silencieux, au fond de la mer, plus bas que l’histoire, que vit la vraie, l’éternelle tradition, et dans le présent, non dans le passé mort à jamais et enterré avec les choses mortes. C’est au fond du présent qu’il faut chercher la tradition éternelle, dans les entrailles de la mer, non dans les glaçons du passé qui, dès qu’on veut leur donner vie, fondent, restituant leur eau à la mer. De même que la tradition est la substance de l’histoire, l’éternité est celle du temps: l’histoire est la forme de la tradition, de même que le temps est celle de l’éternité. Et chercher la tradition dans le passé mort, c’est chercher l’éternité dans le passé, dans la mort, chercher l’éternité de la mort. […] La tradition éternelle, voilà ce que doivent chercher les voyants de chaque peuple pour s’élever à la lumière; il faut qu’ils rendent conscient en eux ce qui dans leur peuple est inconscient, afin de le guider mieux. La tradition espagnole éternelle -et qui dit éternelle dit humaine plutôt qu’espagnole, -voilà ce que nous devons chercher nous autres Espagnols, dans le présent vivant, non pas dans le passé mort.

Miguel de Unamuno, L’essence de l’Espagne, « La tradition éternelle », 1895,
trad. de Marcel Bataillon, Gallimard, 1967.

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Al-Andalus

Plaza Salvador Sevilla

Lorsque j’ai entendu, après les attentats islamistes qui ont frappé la Catalogne, que les djihadistes promettaient de « récupérer Al-Andalus », je me suis souvenu de cette soirée, en novembre 1993, alors que je vivais à Séville dans l’espoir de terminer une thèse d’histoire, laquelle essayait de montrer, dans les pas de Miguel de Unamuno, que la religion catholique était devenue le principal lien social dans l’Espagne du Siècle d’or, et nous buvions quelques bières, avec un ami, assis sur les marches qui conduisent à la magnifique église du Salvador, sur la place du même nom -qui n’est pas celle dont parle Cervantes dans ses Nouvelles Exemplaires, car à l’époque, on désignait ainsi la petite place située de l’autre côté de la collégiale, où se tenait un petit marché et où les Sévillans venaient acheter leur pain, alors que la place actuelle, plus encaissée qu’elle ne l’est aujourd’hui, était un cimetière attenant à l’hôpital des Bubons ; nous étions donc en train de picoler dans cet ancien jardin des macchabées, assis non loin de la statue de Martínez Montañéz, et un gars, ayant entendu que nous parlions français, engagea la conversation : il était marocain, vivait à Séville depuis quelques mois, et il entreprit de nous raconter ce que nous savions déjà, que l’église du Sauveur avait été construite à l’endroit où s’élevait jadis une mosquée, et lorsque je lui expliquai que les Arabes avaient eux-mêmes recyclé une église chrétienne, celle où avait officié saint Isidore, et qui avait été bâtie par les Wisigoths sur les ruines d’un temple romain, il ne voulut pas m’entendre, car il était trop soucieux de nous vanter la grandeur d’Al-Andalus, à tel point qu’on eût cru qu’il récitait un article de Jean Daniel pour les lecteurs du Nouvel Obs, et il finit par s’emporter et déclara que l’Andalousie devait revenir à l’islam, au seul prétexte qu’elle avait été jadis musulmane, à quoi je répondis, car l’alcool me rend souvent taquin, que Constantinople devait dans ce cas remplacer Istanbul, et que les Juifs avaient raison de dire que Jérusalem était à eux ; il resta un moment interloqué et se leva sans un mot; nous le regardâmes s’éloigner, convaincus que nous avions eu affaire à un déséquilibré.

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Tourismophobie

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Un graffiti, à Saint-Sébastien: « Ce n’est pas de la tourismophobie, c’est la lutte des classes ».

Il était une époque, pas si lointaine, au Pays basque espagnol, où les jeunes indépendantistes de l’organisation Segi brûlaient les voitures des touristes venus de France ou de Madrid. C’était la Kale Borroka, un ersatz de guérilla urbaine. Aujourd’hui, les temps ont changé: l’ETA a rendu les armes en 2011 et Segi, dissoute en 2012, a été remplacée par Ernai. Le tourisme n’a pas cessé de croître dans un Pays basque apaisé, ce qui semble déplaire, comme par atavisme, aux militants d’Ernai: en août, déguisés en clowns et armés de fumigènes, tout en se trémoussant au rythme de la « Macarena », ils arrêtèrent le petit train qui parcourt les rues Saint-Sébastien et lancèrent des confettis sur des vacanciers stupéfaits. Les opérations de ce genre, plus ou moins carnavalesques, se sont multipliées durant tout l’été en Espagne, notamment aux Baléares, en Catalogne et à Valence. Les manifestants couvrent les murs de graffitis hostiles au tourisme, ils vocifèrent leurs slogans devant les hôtels, envahissent des terrasses de bars et de restaurants, attaquent des agences de voyage ou des boutiques de location de vélos, prennent d’assaut les yachts qui mouillent dans le port de Palma de Majorque. Ils reprochent au tourisme de favoriser la massification, la pression immobilière et la précarité de l’emploi. Cette année, l’Espagne devrait accueillir 80 millions de touristes -un record. Il est indéniable que la vie devient cauchemardesque pour les habitants des quartiers touristiques ; ils ont le sentiment d’être envahis et dépossédés -aux Baléares, en 2016, les touristes étaient dix fois plus nombreux que les résidents. L’ubérisation des pratiques touristiques est en cause: à Saint-Sébastien, les plateformes de location, comme AirBnB, proposent plus de 1700 appartements alors que seuls 854 ont été déclarés auprès de la mairie. Dans la vieille ville, complètement saturée, les nuisances sont nombreuses, que ce soit le bruit ou l’accumulation des ordures, et il n’est pas interdit de penser que la municipalité, incapable de faire face à cette nouvelle situation, a aussi sa part de responsabilité. Les riverains ne sont cependant pas les seuls, ni les premiers, à manifester.

Le mouvement contre le tourisme a commencé à Palma de Majorque, à l’initiative du collectif Arran, qui est l’organisation de jeunesse de la Candidatura d’Unitat Popular, parti d’extrême-gauche qui revendique l’indépendance de la Catalogne et des Països Catalans, incluant les Baléares et Valence. Ainsi, en Catalogne ou au Pays basque, l’hostilité au tourisme se manifeste d’abord dans des régions qui, fortes de leur identité, ont des velléités d’indépendance. Ce sont également des régions qui ont mieux résisté à la crise économique ; le taux de chômage, qui se situe aux alentours de 12%, est inférieur à la moyenne nationale. À l’inverse, les manifestations contre le tourisme sont pratiquement inexistantes en Andalousie ou en Estrémadure, où, avec un taux de chômage de 25%, on n’a pas les moyens de mépriser les emplois générés dans l’hôtellerie ou la restauration. En Estrémadure, l’office de tourisme de Tentudía espère même profiter de la situation et lance une campagne pour attirer les touristes qui ne se sentiraient plus désirés ailleurs. Il n’y a pas eu, non plus, de manifestation à Benidorm, sorte de non-lieu, interchangeable et anonyme, où le tourisme de masse est une véritable catastrophe culturelle et environnementale. Car, dans une Espagne qui se remet lentement de la crise de 2008, le tourisme est un secteur essentiel pour l’économie: il représente 11% du PIB et emploie 2,8 millions de personnes, c’est-à-dire 13,4% de la population active, et il serait suicidaire de cracher dessus.

Aussi, en réponse aux opérations d’Arran et Ernai, et pour les discréditer, le gouvernement espagnol et les médias ont parlé à l’unisson de « tourismophobie » -le mot est abominable, mais c’est une façon d’évacuer la discussion, en psychiatrisant l’adversaire. Le porte-parole du Parti Populaire au Congrès, Rafael Hernando, a même enfoncé le clou en déclarant que cette tourismophobie trouvait son origine dans une certaine « xénophobie ». Les indépendantistes ont protesté, piqués au vif d’être considérés comme des phobiques, car c’est habituellement leur fond de commerce de signaler les phobies des autres, eux qui ne sont jamais à court d’une lutte -un jour contre la transphobie, l’autre contre l’islamophobie. Comment peut-on avoir le culot de les accuser d’être xénophobes, alors qu’un de leurs slogans, dont ils barbouillent les murs de Barcelone, est « Touristes Go Home, Refugees Welcome »? Alors qu’ils avaient manifesté dans les rues de Barcelone, le 18 février dernier, en faveur des migrants et contre la fermeture des frontières? En réalité, leur lutte relève de l’anticapitalisme: ils s’attaquent au tourisme parce qu’il est, à leurs yeux, l’expression du système capitaliste. Curieusement, jamais personne n’a pensé à les traiter de capitalismophobes.

Les militants d’Ernai ont laissé sur le port de Saint-Sébastien des graffitis éloquents: ils comparent le tourisme à une colonisation ; leur protestation serait un énième avatar de la lutte des classes. À aucun moment, ils ne pensent que le touriste est parfois un salarié, qui ne dispose que de quelques semaines de congés payés, et qu’il a peut-être fait des sacrifices pour partir en vacances. En fait, ils sont parfaits dans leur rôle d’éternels contestataires ; depuis que l’ETA a cessé son activité terroriste, il leur a fallu trouver des combats de rechange. Ils n’ont pas compris qu’ils sont devenus des succédanés d’indépendantistes, bien à leur place dans un espace touristique défini : leurs gesticulations d’émeutiers postiches, avec confettis et feux de Bengale, ne feront pas fuir les touristes mais seront au contraire attendues comme l’expression d’un folklore. On pourrait même imaginer qu’ils finiront par se déguiser en etarra pour amuser les vacanciers en bermudas. En fait, ils sont complètement dépassés et, après les attentats qui viennent de frapper mortellement l’Espagne, sur la Rambla de Barcelone et à Cambrils, il apparaît que le terrorisme islamique a décidé, lui aussi, comme s’il existait une convergence des luttes, de mettre à mal le tourisme. Les djihadistes promettent de « récupérer Al-Andalus » : les vieux indépendantismes sont décidément mal barrés.

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Vacances

Concours de beauté KKK plage américaine années 50

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Ne nourrissez pas les migrants !

À peine évacués, les migrants sont de retour sur le campement sauvage du boulevard Ney, à Paris, comme si la Porte de la Chapelle était en train de devenir un second Calais, et BFMTV nous expliquait dimanche que les migrants faisaient déjà la queue « pour récupérer la nourriture apportée par les collectifs et les associations ». On ignore si ces migrants ont été fraîchement débarqués ou s’ils reviennent après avoir été expulsés -le terme « migrants » est d’ailleurs tellement vague qu’il pourrait désigner un troupeau de gnous. Les personnes qui se plaisent à les nourrir sont certainement animées des meilleures intentions. Or, elles créent une véritable situation de dépendance: les migrants vont affluer toujours plus nombreux vers les points de distribution et cela aura des conséquences sur leur comportement et leur santé. Il y a une vingtaine d’années, le professeur Robert Sapolski, de l’université de Stanford, mena une étude sur les babouins du parc naturel du Serengeti, au Kenya. Les visiteurs, malgré toutes les mises en garde, s’obstinaient à laisser de la nourriture aux babouins; ces derniers n’avaient donc plus besoin de se bouger le sang pour trouver de quoi manger. Ils dépensaient alors toute leur énergie à se battre, pour des femelles ou une portion de territoire. Or, ce semblant de vie sociale est générateur de tension et le professeur Sapolski, dans un parallèle étonnant, explique que les babouins, oisifs, mais exposés au stress, développent des pathologies que l’on retrouve chez les humains -des ulcères, mais aussi de l’hypertension et des taux excessifs de cholestérol. Finalement, ce sont ces mêmes problèmes de santé, propres aux populations occidentales, qui guettent les migrants. Les associations qui distribuent de la nourriture en sont-elles conscientes?

Written by Noix Vomique

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