Noix Vomique

Les derniers jours de la présidence Hollande

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Au Palais de Tokyo, François Hollande visite un artiste contemporain qui couve des oeufs.

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Drôle de campagne

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Nous sommes en train de vivre une campagne électorale étrange où les médias évitent soigneusement d’aborder les questions de fond. L’autorité de l’État ? Les déficits ? Le chômage? L’éducation nationale? La santé ? Les flux migratoires ? La menace islamiste ? L’avenir de l’Union européenne ? C’est comme si la France n’avait pas de défis à relever et, depuis deux mois, les médias préfèrent passer la vie de François Fillon au peigne fin, à la recherche de la faute qui le fera définitivement tomber. Une sorte de feuilleton judiciaire s’est donc opportunément substitué à la campagne. Pour enfoncer le clou, Christine Angot est invitée sur les plateaux de télévision pour hurler sur le candidat. C’est comme si nous étions en train de vivre la fin de la politique. Où sont les grands débats d’idées qui opposaient la gauche et la droite ? Dans ce contexte, l’émergence d’Emmanuel Macron n’est pas une surprise: l’ancien ministre de l’économie de François Hollande, qui entend profiter de la décomposition des appareils politiques traditionnels, se veut consensuel. Il a l’air brillant et parle beaucoup; mais on ne retient pas grand chose de ses discours. Ce n’est pas un problème: d’après les instituts de sondages, il serait devenu le favori de l’élection présidentielle et les Français auraient même oublié qu’il appartenait encore, il y a quelques mois, à l’équipe calamiteuse de François Hollande.

Emmanuel Macron a-t-il déjà gagné l’élection ? À quatre semaines du premier tour de la présidentielle, les enquêtes d’opinion nous montrent qu’un électeur sur deux est encore indécis. Les électeurs qui ont l’intention de voter Benoît Hamon ou Emmanuel Macron sont les moins sûrs de leur choix. À l’inverse, ceux qui sont prêts à voter pour Marine Le Pen et François Fillon semblent décidés et ne changeront pas d’avis. Cela veut dire que la droite est mobilisée et que son socle électoral est plus solide que celui de la gauche. Mais, surtout, que l’issue du scrutin est incertaine. Pour la première fois, la campagne ne se fera pas sur une idée forte mais sur une impulsion. Tout se jouera au dernier moment. Emmanuel Macron et les nombreux médias qui le soutiennent l’ont bien compris: ils sont en train d’utiliser la stratégie de vente qui vise normalement à provoquer un achat d’impulsion -ils veulent que le vote soit « machinal ». En nous répétant que Marine Le Pen est dangereuse et François Fillon corrompu, les médias sont en train de créer une situation d’urgence autour de la candidature d’Emmanuel Macron. Au dernier moment, les électeurs voteront pour Macron, sans savoir pourquoi, un peu comme on achète une confiserie lors du passage en caisse.

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La grandeur d’un gramophone

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Alep, Syrie, 2017 (source: Joseph Eid / AFP)

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Hauts-de-forme

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Quand le parti communiste s’inspirait des codes graphiques de Mandrake le magicien.

François Fillon est mal barré s’il se répand en excuses dès que la gauche essaie de l’intimider avec des polémiques débiles. Il a donc rambiné parce que certains ont vu, dans une infographie publiée sur le compte Twitter des Républicains, un nez crochu et un haut-de-forme qui puiseraient dans l’imaginaire antisémite. Mais pour que cette caricature fût antisémite, il eût déjà fallu qu’Emmanuel Macron soit juif. Sans doute est-ce l’évolution naturelle d’un antiracisme devenu délirant: on n’a plus besoin d’être juif pour prétendre être victime d’antisémitisme.

Ceux qui prétendent que la caricature d’Emmanuel Macron est affublée d’un nez crochu devraient se rafraîchir la mémoire et examiner les vieilles caricatures antisémites produites dans les années trente puis pendant l’occupation -ils verraient la différence:

exposition le juif et la france (michel jacquot -1941)

Quant au haut-de-forme, en quoi ce galure permet-il d’identifier un juif ? Ce n’est pas une kippa ni un schtreimel. En revanche, et c’est la raison pour laquelle le dessin des Républicains est stupide, le haut-de-forme reprend les codes d’un anti-capitalisme suranné: dans les années trente, lorsque les communistes voulaient dénoncer les méfaits de la finance internationale, ils montraient des huiles en hauts-de-forme. Les gauchistes qui ont essayé d’assimiler François Fillon à Vichy ne s’en souviennent-ils pas? Peut-être ont-ils été trahis par leur inconscient?

Car il était une époque où les socialistes associaient volontiers le capitalisme au judaïsme. Puisqu’ils luttaient contre le capital, Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, Auguste Blanqui et Georges Vacher de Lapouge étaient naturellement antisémites. Au moment de l’affaire Dreyfus, socialistes et radicaux avaient d’abord été anti-dreyfusards: Léon Blum raconte qu’ils considéraient en effet « que Dreyfus [était], d’une part, un riche bourgeois, d’autre part un quasi-étranger, et que le défendre ne [relevait] pas de leur combat anticapitaliste et jacobin ». Aujourd’hui, sans doute parce qu’elle croit que les musulmans ont remplacé le prolétariat historique, la gauche ferme les yeux sur l’antisémitisme qui gangrène les banlieues françaises : elle préfère chercher querelle à François Fillon pour une mauvaise caricature.

Finalement, les vrais antisémites ne sont-ils pas ceux qui voient un juif quand il n’y a qu’un capitaliste en haut-de-forme?

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Le Chemin des Dames

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Pour Pénélope Fillon, cette élection présidentielle est certainement un véritable chemin de croix. Elle rêvait sans doute de tranquillité, d’une campagne dans l’ombre de son mari, et elle se retrouve prise dans une véritable guerre de tranchée, sous un déluge de feu. À la suite d’un article du Canard enchaîné, elle est donc soupçonnée d’avoir occupé entre 1998 et 2013 un emploi fictif d’attachée parlementaire, parce que son époux, lorsqu’il était député, l’avait recrutée comme collaboratrice, comme la loi le permettait, sur la base d’un contrat de travail de droit privé -il la rémunérait en utilisant un crédit collaborateur qui lui était de toute façon acquis. Moralement, c’est condamnable : quelle besoin Pénélope Fillon avait-elle d’être la salariée de son mari? Elle ne pouvait pas se contenter d’être une femme au foyer, dévouée et désintéressée? Ça ne lui plaisait pas de répondre au téléphone pour son mari lorsqu’il était à Paris, réserver ses billets de train, prendre ses rendez-vous, tenir son agenda, repasser ses chemises, faire le pied de grue quand les réunions s’éternisaient? Elle voulait être payée pour cela? Une femme doit savoir rester dans son rôle gracieux de bobonne : il n’y pas de raison qu’elle touche un salaire ménager. Voilà pourquoi le Parquet national financier s’est dressé sur le chemin de Pénélope et de son patron. La défense risque d’être épuisante, car le travail de petite main est difficile à discerner. Imagine-ton Ulysse mis en examen? Sa femme eût-elle pu prouver qu’elle avait vraiment travaillé durant vingt ans, alors qu’elle défaisait la nuit la tapisserie qu’elle avait tissée le jour?

Cette triste histoire montre à quel point la France est un pays misogyne et rétrograde, toujours prêt à renvoyer les femmes à leurs travaux domestiques. Cependant, le camp du progrès, acquis à la cause du féminisme, trouvera une raison de sécher ses larmes : en accablant Pénélope Fillon, les médias et la justice n’ont pas vu que leur offensive était vouée à l’échec ; ils ont ouvert un peu plus le chemin de l’Elysée à une autre dame. Ce serait une révolution, et les progressistes doivent certainement frétiller de joie à l’idée qu’une femme, enfin, puisse être élue à la présidence de la République !

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Président des mickeys

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« Vive la France, vive la République et vive Eurodisney. »

Samedi, François Hollande a bredouillé qu’en France « il n’y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule » et nous avons aussitôt cru qu’il avait boulotté le Bataclan, les terrasses et la Promenade des Anglais. Or, plus tard, lorsqu’il a annoncé qu’il était prêt à envoyer un billet à Donald Trump « pour qu’il vienne au moins à Eurodisney et qu’il comprenne ce qu’est la France », son raisonnement devenait limpide: le président américain pourra en effet vérifier que personne, à Disneyland, n’arrose la foule à la kalachnikov. Au sommet de son art, le président Hollande répondait aussi, à demi-mots, à Emmanuel Macron, qui avait affirmé que la culture française n’existe pas : comment le jeune et fringant candidat à l’élection présidentielle avait-il pu dire une telle ânerie et oublier Disneyland ?

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Strabisme

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Édouard Louis devrait tout-de-même se méfier de ses amis: lorsque le grand remplacement arrivera, il risque d’être balancé du haut d’un immeuble.

Le gauchisme est un strabisme. Par exemple, Jean-Paul Sartre approuva l’exécution de Robert Brasillach au nom de la responsabilité de l’écrivain et Simone de Beauvoir parce qu’il y a «des mots aussi meurtriers qu’une chambre à gaz »». Lors de son procès, accusé d’intelligence avec l’ennemi, Robert Brasillach n’avait pas essayé de fuir: ses articles violemment antisémites parus dans la presse collaborationniste constituaient un délit d’opinion qu’il ne pouvait effacer; ils l’envoyèrent à la mort. C’est comme si les écrivains devaient répondre de leurs écrits et en supporter toutes les conséquences; or, aujourd’hui, on voit avec l’affaire Mehdi Meklat que les gauchistes sont capables de produire un autre point de vue, en invoquant la littérature comme pitoyable excuse.

Durant des années, Mehdi Meklat a déversé sur Twitter sa haine des Juifs, des Blancs, ou encore de Charlie Hebdo. Mis face à ses responsabilités, le jeune homme s’est défendu dans Télérama en invoquant un « double de fiction » qui l’aurait dépassé. Les médias qui l’ont fabriqué ont repris cette échappatoire: tout cela n’était donc qu’un « travail littéraire et artistique ». Sur Twitter, Pascale Clark a volé au secours de son petit protégé -elle le lisait d’ailleurs avec bonheur car c’était le compte qu’il « était urgent de suivre »: selon elle, le personnage qui tweetait sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps était « odieux, fictif » et « ne servait qu’à dénoncer » le racisme. Or, bizarrement, ce personnage au nom si français était uniquement raciste à l’égard des Blancs et des Juifs et il n’hésitait pas à entreprendre l’apologie de Ben Laden ou de Mohamed Merah. Un certain nombre de médias trouvaient cela très bien. Pierre Siankowski, directeur de la rédaction des Inrocks, qui jure aujourd’hui qu’il n’avait pas connaissance des fameux tweets, pleurait de rire en les lisant. Claude Askolovitch a relativisé le caractère antisémite des tweets en les réduisant à des « blagues nazes » -pourquoi ne pas avoir vu, alors, que le fameux « Durafour crématoire » dont on nous a rebattu les oreilles était également une mauvaise plaisanterie?

Une certaine gauche a des complaisances coupables pour les « jeunes de banlieue »;  elle s’accommode volontiers avec les immondices qui leur servent de pensée. À travers des médias tels que Libération, Le Monde, Les Inrocks, Télérama, Mediapart, Canal+ ou encore France Inter, elle n’a cessé d’encenser et de promouvoir Mehdi Meklat et son compagnon Badroudine Saïd Abdallah, pour en faire les porte-paroles des jeunes issus de l’immigration -on devine, comme l’explique très bien le politologue Laurent Bouvet dans Le Figaro, qu’elle les a utilisés pour se donner bonne conscience, parce qu’elle reconnaît dans leur sous-culture de racailles «une forme de dédouanement et de relais à ses engagements politiques et sociaux oubliés, à tous ses renoncements depuis des décennies ». C’est sans doute ce qui est le plus obscène dans cette histoire: le paternalisme post-colonial de journalistes prêts à pardonner à Mehdi Mekrat ce qu’ils ne pardonneraient pas à d’autres -pour eux, les Arabes sont forcément des victimes et méritent notre mansuétude. En 2015, les mêmes journalistes n’avaient pas eu de mots assez durs pour condamner l’historien Georges Bensoussan qui, invité dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut, avait justement évoqué l’antisémitisme atavique des familles arabes en France. Le CSA avait alors adressé à France Culture « une mise en garde ferme » et Georges Bensoussan fut traîné devant les tribunaux, poursuivi pour « provocation à la haine raciale » par les grandes associations antiracistes –Ligue des droits de l’homme, Licra, MRAP, SOS-Racisme et le Collectif contre l’islamophobie en France. 

L’indignation à géométrie variable des journalistes n’est pas nouvelle. Dans Un paradoxe français, Simon Epstein nous parle de ces journalistes qui dénonçaient l’antisémitisme hitlérien dans les années trente puis, pendant l’occupation, écrivaient des insanités antisémites dans la presse collaborationniste. On en est là. Les journalistes si complaisants avec l’antisémitisme de Mehdi Meklat auraient sans doute applaudi l’exécution de Robert Brasillach. De Gaulle a expliqué dans ses Mémoires qu’il n’avait pas gracié l’écrivain parce que « le talent est un titre de responsabilité, il est donc une circonstance aggravante, car il accroît l’influence de l’écrivain ». Nous nous consolerons donc en pensant que Mehdi Meklat n’est pas responsable parce qu’il n’a aucun talent littéraire -les Éditions du Seuil publient ses livres comme elles publient ceux d’Édouard Louis: parce que la haine de la France est aussi un fonds de commerce.

Written by Noix Vomique

24 février 2017 at 11 11 22 02222

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